Quand on tombe sur un sujet de dissertation qui cite « l’homme est un loup pour l’homme », le premier réflexe est souvent d’attribuer la formule à Hobbes. C’est à la fois correct et incomplet. La phrase vient en réalité de Plaute, un auteur comique latin du IIIe siècle avant notre ère, dans sa pièce Asinaria (la Comédie des ânes).
Hobbes l’a reprise et transformée en concept philosophique dans le De Cive (1642). Distinguer ces deux paternités, c’est déjà montrer au correcteur qu’on maîtrise l’histoire de la formule, pas seulement son usage scolaire.
Plaute et Hobbes : deux auteurs, deux usages de la même formule
Chez Plaute, la réplique « Lupus est homo homini » apparaît dans un dialogue sur la méfiance entre inconnus. Le contexte est pragmatique : on ne fait pas confiance à quelqu’un qu’on ne connaît pas. Il n’y a pas de théorie politique derrière, juste un constat de prudence quotidienne.
Thomas Hobbes récupère la formule au XVIIe siècle dans un tout autre cadre. Il vit la guerre civile anglaise, observe la violence politique de près, et cherche à démontrer pourquoi un pouvoir souverain fort est une nécessité. Hobbes transforme un proverbe en outil de philosophie politique.
Dans le De Cive, la phrase sert à décrire les relations entre États (pas seulement entre individus). Dans le Léviathan (1651), Hobbes développe surtout l’idée d’un état de nature conflictuel entre les hommes, sans forcément reprendre la formule mot pour mot. Beaucoup de copies confondent les deux textes : on gagne des points en situant précisément la référence.

État de nature chez Hobbes : ce que la formule décrit vraiment
L’état de nature selon Hobbes n’est pas un moment historique. C’est une hypothèse, une expérience de pensée. On retire l’État, les lois, toute autorité commune, et on observe ce qui se passe logiquement.
Ce qui se passe, selon Hobbes, c’est une « guerre de chacun contre chacun ». Non pas parce que tous les hommes seraient méchants par nature, mais parce que trois causes mécaniques produisent le conflit :
- La compétition : deux personnes désirent la même chose et ne peuvent pas la partager, ce qui génère de la rivalité
- La méfiance : même un individu pacifique doit se défendre préventivement, car il ne peut pas savoir si l’autre va l’attaquer
- La gloire : certains cherchent la reconnaissance et sont prêts à user de violence pour l’obtenir
Le point clé pour une copie de bac, c’est que Hobbes ne dit pas que l’homme est naturellement mauvais. Il dit que sans institution pour arbitrer, la rationalité individuelle conduit chacun à se méfier de tous. La violence n’est pas un vice moral, c’est un résultat logique de l’absence de règles communes.
Du loup au Léviathan : pourquoi Hobbes justifie l’État souverain
La suite du raisonnement est ce qui distingue une copie moyenne d’une bonne copie. Hobbes ne s’arrête pas au constat pessimiste. Il montre que les hommes, précisément parce qu’ils sont rationnels, vont chercher à sortir de cet état de guerre.
L’instinct de conservation pousse chacun à rechercher la paix. Pour que cette paix tienne, il faut que tous renoncent simultanément à leur liberté naturelle (le droit de faire tout ce qu’on veut) et transfèrent ce droit à un souverain. C’est le contrat social version Hobbes. Le Léviathan, ce monstre biblique, représente l’État tout-puissant né de ce pacte.
Ce souverain n’est pas limité par les lois puisqu’il est la source des lois. Il garantit la sécurité en échange de l’obéissance. On voit ici pourquoi la formule « l’homme est un loup pour l’homme » n’est pas une fin en soi : elle sert de prémisse à la construction politique.
Objections classiques à mobiliser en dissertation
Rousseau est le contre-point le plus attendu. Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), il conteste l’idée même d’un état de nature violent. Pour Rousseau, l’homme naturel est solitaire, paisible, guidé par la pitié. C’est la société qui corrompt, pas la nature.
Aristote offre un autre angle : l’homme est par nature un « animal politique ». La vie en société n’est pas un pis-aller pour éviter la guerre, c’est la condition naturelle de l’humain. Hobbes s’oppose directement à cette vision aristotélicienne.
On peut aussi convoquer la distinction entre liberté naturelle et liberté civile. Hobbes sacrifie la première pour garantir la seconde. Rousseau cherchera dans le Contrat social une voie qui préserve la liberté tout en fondant l’autorité légitime.
Utiliser cette formule dans une copie de philo au bac 2026
L’épreuve de philosophie du bac 2026 dure quatre heures, avec un coefficient 8 en voie générale. On choisit entre deux dissertations et une explication de texte. La formule de Hobbes peut tomber dans plusieurs types de sujets : l’État, la justice, la liberté, la nature humaine, le devoir.
Quelques réflexes concrets pour l’exploiter efficacement :
- Toujours attribuer la formule originale à Plaute avant de parler de Hobbes, cela montre une culture philosophique précise
- Ne pas réduire Hobbes à un pessimiste : son but est de fonder l’État, pas de déplorer la méchanceté humaine
- Opposer systématiquement Hobbes à au moins un autre auteur (Rousseau, Aristote, Locke) pour construire une dialectique
- Distinguer état de nature (hypothèse théorique) et description historique : Hobbes ne prétend pas que les hommes ont réellement vécu cette situation
Sur les notions du programme 2026, cette formule croise directement la nature, la société, l’État et la liberté. Elle peut aussi nourrir une réflexion sur la justice (le droit du plus fort est-il un droit ?) ou sur la morale (la violence est-elle un choix ou une contrainte structurelle ?).

La formule « l’homme est un loup pour l’homme » fonctionne comme un test de précision en copie de philo. Citer Plaute, contextualiser Hobbes dans la guerre civile anglaise, expliquer que l’état de nature est une hypothèse logique et non un récit historique, puis articuler le passage au contrat social : c’est cette chaîne argumentative complète qui fait la différence le jour de l’épreuve.

